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A Dieuze, on aime présenter avec fierté ses hommes célèbres. Charpentier, Friant, About, Hermite, les quatre académiciens, sont autant d'étendards brandis ici et là comme preuve historique du riche terreau culturel local.

Mais curieusement, une autre célébrité n'apparaît pas dans le récit officiel de la petite bourgade du Saulnois. Ici pas de rue ou de cité scolaire à son nom comme ses illustres contemporains,   Arthur Arnould est pourtant né à Dieuze le 17 avril 1833 et il a joué un rôle de premier plan dans l'histoire de France. Mais cette histoire on ne la raconte pas ! C'est celle de la Commune de Paris !

Cette année heureusement, ce passage incroyable de notre histoire est revenu sur le devant de la scène à l'occasion du 150ème anniversaire de ces soixante-et-onze jours qui ébranlèrent le pays, du 18 mars au 28 mai 1871. Une belle occasion pour réhabiliter ce Dieuzois, écrivain, journaliste, membre du Conseil de la Commune de Paris.

On a retrouvé sur la toile, sur le site du Cercle About, un texte qui présente l'histoire de ce Dieuzois prestigieux, ami de Jules Valles, dont vous pouvez lire ici un large extrait :

".....Arthur fait de bonnes études. Il se fixe à Paris en 1850 et suit, peu de temps, des cours à la Faculté de médecine qu'il délaisse pour un emploi à la préfecture de la Seine. Dès 1851, année où il fait la connaissance de l'écrivain Jules Vallès, il se met en ménage avec Jeanne MATTHEY, ouvrière corsetière. A cette époque Arthur Arnould, est déjà un révolutionnaire, un "Béret rouge". Avec quelques amis, ils organisent un "Comité de Jeunes", dont Vallès prend la présidence. La République est en danger. Le  2 décembre 1857, c'est le coup d'État de Napoléon.

La population ne réagit pas, malgré les appels au soulèvement de cinq jeunes révolutionnaires. Alors Arthur s'engage dans la littérature. Il publie "Contes Humoristiques" et "Les Trois Poètes". En 1861, il remplace son père décédé à la "Revue Nationale" et en 1864 fait éditer sous le pseudonyme d'Arthur de Guéblange : "Béranger. Ses amis, ses ennemis et ses critiques".Arthur Arnould 1871

Arnould s'affirme de plus en plus publiquement contre l'Empire. Il collabore avec tous les journaux républicains, ce qui lui vaut bon nombre de condamnations (septembre 1867, 16 octobre 1868, 16 mai 1869, 3 juillet 1869, 9 juillet 1869, 27 juillet 1869...).

Il écrit et publie aussi bien des pamphlets "Le Prêtre et l'Impôt", "Histoire de l'Inquisition" qu'une revue satirique "La Foire aux sottises".

Il rassemble ses articles parus dans "La Marseillaise" sous le titre "Une campagne à la Marseillaise", volume important pour la connaissance de l'époque, preuve de la maturité politique acquise par Arthur Arnould.

Le 1er juillet 1870, il lance "le Journal du Peuple", rapidement suspendu à la chute de l'Empire après les désastres militaires des armées françaises et l'emprisonnement de Napoléon III.

Arthur Arnould cesse toute activité journalistique et se consacre aux tâches d'adjoint à la mairie du IVe arrondissement de Paris où il est élu. L'armistice conclu par le gouvernement dit de Défense Nationale, il postule un siège à l'Assemblée Nationale le 8 février 1871 mais sans succès.

Membre du Comité des 20 arrondissements, Arnould signe le manifeste en faveur de la Commune. Le 26 mars, il est élu dans deux arrondissements (le IVe et le VIIIe), il opte pour le IVe. Dès les premières séances, il intervient en faveur de la publicité des débats, du vote à mains levées, de l'ouverture des séances au public, de la publication des procès-verbaux détaillés, argumentant que chaque élu doit rendre compte de ses positions et de ses actions.

De mars à avril, il siège à la Commission des Relations Extérieures, ensuite à celle des Subsistances. A partir du 1er mai, il prend en charge le "Journal Officiel". Arthur Arnould vote contre l'institution du Comité de Salut Public ; avec les autres opposants au Comité, ils instituent la Minorité et s'opposent au centralisme et à l'autoritarisme. Arthur mène une campagne avec de plus en plus de véhémence pour la publicité des débats. Il déclare : "Nous devons être responsables personnellement de nos actes et de nos paroles ; il faut que nos électeurs qui sont nos juges et nos maîtres les connaissent".

Le 15 mai, il signe le manifeste de la Minorité, qui accuse la Commune "d'avoir abdiqué son pouvoir entre les mains d'une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut Public".

Le 21 mai, vers 15 heures, les Versaillais entrent dans Paris. A ce moment, il n'est plus question que de se battre.

Arthur aurait-il cherché à se cacher prématurément, comme il en a été accusé ? Chargé de missions aux Batignolles, en cours de route, il est inopinément coupé de toute retraite et se réfugie à l'arrière d'une boutique de pharmacien pendant deux jours ; il est ensuite recueilli par un prêtre chez lequel il reste caché pendant deux mois. Ce dernier le conduit ensuite en Suisse jusqu'à Genève où sa femme et sa mère le rejoindront plus tard.
Les hommes de la CommuneCependant la police versaillaise le recherche.
Une fiche de police stipule "Arthur Arnould s'est montré pendant le mouvement insurrectionnel un partisan acharné de la résistance, en conséquence, nous sommes d'avis d'ordonner la mise en jugement du dénommé :

1°) d'avoir excité à la guerre civile

2°) d'avoir exercé un commandement dans les bandes armées".

Le 30 novembre 1872, le Conseil de Guerre condamne Arnould, par contumace, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
A Genève, ils vivent mal, avec pour seul revenu la pension de sa mère.
Arthur travaille à la rédaction de "Paris et la Commune" et collabore au journal  "La Liberté de Bruxelles".
En 1873, il quitte seul la Suisse et part pour l'Argentine où il ne reste qu'une année.
On sait peu de choses sur ce séjour, simplement que ses "affaires" n'ont pas été couronnées de succès.
A son retour, il publie des articles dans les journaux qui veulent bien accepter les écrits des proscrits.
En 1877, paraît "La Brésilienne" sous la signature Arthur MATTHEY, le nom de jeune fille de sa femme. Et c'est sous ce même pseudonyme que de 1878 à 1895, il se lance dans la littérature romanesque, avec plus de 40 romans populaires aux titres savoureux :

                                - L'Étang des soeurs grises (titre évocateur pour les Dieuzois)

                                - Le Pendu de la Baumette

                                - Le Drame de la Croix Rouge

                                - La Femme de Judas

                                - La Vierge Veuve....

Le 10 juillet 1880, l'Amnistie des Communards est décrétée. Aussitôt, Arthur Arnould, rentre en France. Après un essai dans la presse politique, il reprend sa plume de romancier.
Sa femme décède. Il rencontre Madame Delphine de Cool, artiste peintre, spécialisée en peinture vitrifiable sur porcelaine, avec laquelle il refait sa vie.
En sa compagnie, il adhère au mouvement théosophique et devient l'éditeur du "Lotus Bleu", organe de la secte.
Arthur Arnould est élu président de la branche française de la Société Théosophique et publie, quelques mois avant sa mort, une brochure de 72 pages "Les Croyances Fondamentales du Bouddhisme".
Il décède à Paris en novembre 1895."

 De nombreux d'Arthur Arnould sont disponibles sur le site de la Bibliothèque Nationale de France Gallica

Commentaires   

+2 #5 patrick juvet 12-04-2021 17:56
où sont les femmes ? l'affiche des hommes de la commune montre bien avec quel mépris on traitait les femmes à cette époque. Et Louise Michel ? c'est pas une grande dame ? Elle mériterait une affiche pour elle toute seule !
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+1 #4 Diogène 12-04-2021 12:04
Quelques compléments à propos d'Arthur Arnould ; auteur d'ouvrages dont les titres ont été repris par de grands noms : l'état et la révolution (Lénine) , histoire ...de la Commune de Paris...Il a été l'exécuteur testamentaire de Bakounine et d'Eugène Sue .Minoritaire dans l'exécutif du gouvernement de la Commune, il était opposé aux lois d'exception (exécutions sommaires ).Il était opposé à toute dictature , y compris celle du prolétariat, ce qui lui valut l'ostracisme de certains historiens marxistes .De plus, il était hostile au centralisme jacobin et défendait le fédéralisme et le communalisme d'où ne récupération de sa personnalité par les courants anarchistes.
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0 #3 Nadège 12-04-2021 10:50
Citation en provenance du commentaire précédent de Arthur :
Oui oui, allez Jérôme, il y a bien une petite rue à rebaptiser ?

J'habite avenue foch, je propose qu'on rebaptise ma rue avec le nom de cet homme :)
Ras le bol des noms de généraux, maréchal et autres sanguinaires de guerre
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+6 #2 Arthur 11-04-2021 21:17
Oui oui, allez Jérôme, il y a bien une petite rue à rebaptiser ?
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+1 #1 mélenchon 11-04-2021 21:09
tu m'étonnes qu'on n'en parle pas à Dieuze ! La Commune ? ou on ne sait pas ce que c'est ou on ne veut pas le savoir ! tu te rends compte, des gens qui veulent le bien du peuple, la dignité, la démocratie directe....trop à gauche...
Peut-être avec les nouveaux conseillers ça changera un peu
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